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10/10/2011

Mel Young, mécène en crampons pour les sans abri

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Enfant, MEL YOUNG rêvait de devenir un grand sportif. A 56 ans, le fondateur de la Coupe du Monde de Football des Sans-Abri a fini par trouver sa place: pas sur le terrain, mais dans les gradins, d’où il savoure les matchs qu’il a organisés. "J’adore le foot, mais je ne suis pas un bon joueur", se désole l’entrepreneur écossais, tignasse grise ébouriffée, costard sur le dos et baskets aux pieds.

C’est en 2001 que lui vient l’idée d’une Coupe du monde destinée aux exclus. Il est alors éditeur de journaux de rue. Lors d’une conférence mondiale regroupant les propriétaires de publications à vocation sociale, il rencontre Harald Schmied, un autrichien, éditeur comme lui. Aucun sans-abri ne participe aux débats. Ils s’en désolent, et autour d’une bière, s’interrogent: comment les impliquer? "Et là, on s’est dit que le football était un langage international", se rappelle Mel. "C’est un sport qui rassemble tout le monde parce que c’est facile, tout ce que vous avez à faire, c’est taper dans un ballon". Il sourit. "Évidemment, au début, tout le monde nous a pris pour des fous". Pourtant, le projet survit à la nuit, mûrit, et prend finalement vie 18 mois plus tard.

On leur demande des autographes

Aujourd’hui, l’entrepreneur est toujours émerveillé par les retombées de "sa" Coupe du monde. Les yeux brillants, il se souvient des nombreux visages croisés. Celui, tuméfié, de ce joueur américain frappé par des inconnus, simplement parce qu’il vivait dans la rue, et acclamé le lendemain par un stade bondé. Celui, émerveillé, des joueurs de l’équipe de France en 2007, lorsqu’ERIC "THE KING" CANTONA est venu les encourager. "Ils l’ont remarqué alors qu’ils chantaient La Marseillaise. Ils ont marqué 15 buts durant le match!". Mais l’un de ses souvenirs les plus émouvants reste le visage de ce manager afghan, dont l’équipe venait de remporter la finale du Mondial. "Ses mots m’ont marqué", se souvient Mel. "Il a dit que durant les 30 dernières années, l’Afghanistan n’avait connu que les ténèbres. Mais qu’à présent, la lumière était descendue sur eux".

Le fondateur de l’événement ne veut pas s’attribuer le mérite de ces moments-là. "Tout ce que j’ai fait, c’est de mettre en place un stand, changer leurs vêtements et leur mettre des baskets aux pieds". L’ambiance se charge du reste. "C’est incroyable, vous les voyez changer devant vous. Les sans-abri ont souvent la tête baissée". Il mime le geste. "Et puis au moment de chanter leur hymne national, tout d’un coup, ils se redressent". Certaines personnes leur demandent même des autographes, "celles-là mêmes qui, quelques semaines plus tôt, auraient changé de trottoir si elles avaient croisé ces joueurs dans la rue".

Un tournoi de golf

La rue, Mel n’y a jamais vécu. Il n’a pas d’explication pour sa vocation. "C’est juste impossible pour moi de vivre et de ne pas voir. Je peux commander un café, aller à la bibliothèque, voir une pièce de théâtre, alors que là, dehors, dans la rue, des gens demandent de l’argent pour survivre. Cette idée m’est insupportable".

L’indifférence de la société le révolte plus encore. "Une fois, un ami américain à qui je parlais des sans-abri m’a dit ‘ouais, ils sont plutôt cool’", se souvient-il, choqué. Il fustige également la passivité des pouvoirs publics. "Ce n’est pas une cause très populaire, après tout, les exclus ne votent pas".

A terme, cet entrepreneur un peu particulier n’a qu’un but: que sa fondation cesse d’exister, faute de joueurs en difficulté. "Ils ont bien réussi à nous débarrasser de la variole et de la polio. Je suis persuadé qu’un jour ils trouveront un remède contre le sida. Alors pourquoi pas contre la précarité?"

Mais pour l’instant, même si sa femme et ses trois enfants lui reprochent de ne jamais s’arrêter, Mel n’est pas prêt de raccrocher. Créer du lien, c’est son obsession, et il a encore des projets plein les cartons. Récemment, on lui a même suggéré de créer un tournoi de golf pour les sans-abri. "Je veux bien", sourit l’entrepreneur, "mais je leur ai demandé: où est-ce que les joueurs vont garder leurs clubs?"

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